pierre palmade

Pierre Palmade : une justice de plateaux.

Une insupportable dérive médiatique.

Le public peut sembler heureux de cette distraction médiatique. Elle pose, en réalité, gravement problème. Depuis quelques semaines, le feuilletonnage médiatique réussit à nous captiver. Avec tous les ingrédients d’une parfaite série Netflix :

un humoriste star, homosexuel,

ayant pris de la drogue,

au cœur d’un tragique accident de la route,

ayant notamment tué un enfant à peine né.

Comment ne pas voir que le commentaire télévisé permanent impacte la perception du public ? Le principe de culpabilité créé, par la répétition d’informations diffusées sur les chaines d’informations en continue, s’est substitué à la présomption d’innocence. Les commentaires de plateaux permettent que la présomption d’innocence soit irrémédiablement piétinée à coups de révélation chocs.

La justice serait évidemment un non-sens si elle s’arrêtait à la notoriété de la personnalité publique qu’est Pierre Palmade. Personne ne dit le contraire. Mais, comment accepter que chacun soit désormais convaincu de la culpabilité des principaux acteurs de ce fait divers ? Comment accepter qu’en violation de tous les principes républicains les plus élémentaires, du secret de l’enquête au secret de l’instruction en passant par la présomption d’innocence, on associe le nom de Pierre Palmade à des accusations de pédophilie, reprises des milliers de fois, dans les médias comme sur internet ?

Secret de l’enquête, secret de l’instruction et présomption d’innocence, allègrement piétinés.

Les conseillers en communication comme les avocats doivent se battre pour que soit trouvé un équilibre entre l’information du public, nécessaire, et la protection de la personne, indispensable.

Si les médias sont dans leur rôle quand ils entrent dans le monde de la police et de la justice pour y exiger la transparence au nom de la légitime information du public, personne ne doit ignorer les effets dévastateurs sur la personnalité mise en cause d’un voyeurisme obscène qui permet aux médias de battre des records d’audience en couvrant longuement ce fait divers qui passionne la France.

A vouloir que les médias soient la sanction réputationnelle des puissants, on prend le risque d’écorner durablement le sens du mot justice.

Le traitement médiatique de ce drame de la route ne doit pas faire oublier les protections légales individuelles dont Pierre Palmade dispose. Surtout, les chaines d’informations n’ont généralement permis que de désigner, sans appel, un fautif apparent sans le recul nécessaire permettant “la juste mesure” de l’information légitime du public. Les biais homophobes ayant largement entravé ce traitement de l’information.

La justice ne se rend pas sur des plateaux de télévision. L’émotion qui a place en ce lieu s’est souvent transformé en voyeurisme. Aussi, en rappelant démagogiquement le spectateur légitimement indigné par cet accident de la route, à son propre jugement moral, les médias ont pris un risque grave : que la présomption d’innocence et la protection de la vie privée ne soient plus des principes intangibles.

Comme l’actualité le montre avec ce fait divers, l’information judiciaire soulève de nombreuses questions. Il faut savoir tirer les leçons de l’affaire Palmade, sans précipitation et sans émotion. Le sujet est à situer dans une réflexion plus globale sur le droit des médias dans son ensemble. D’ici là, comment ne pas dénoncer le traitement médiatique d’exception réservé à Pierre Palmade ?

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