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Allocution présidentielle et gestion de crise sanitaire. La communication à l’épreuve du Coronavirus COVID-19 😷

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“Ne sous-estimons pas l’adversaire : un lion se voit, pas un virus.”

Coronavirus COVID-19 : un record d’audience pour le Président de la République

L’allocution du Président de la République hier soir a été suivie par plus de 35 millions de personnes selon les chiffres de Médiamétrie publiés ce matin. C’est le record historique pour une intervention télévisée. Cette attention portée à la parole politique est évidemment le fantasme de tout communicant politique.

L’orgie des hyènes complotistes

Cette audience est une bonne nouvelle à l’heure où les complotistes du monde entier s’en donnent à coeur joie pour générer du trafic (et donc de l’argent) vers leurs plateformes, jouant sur les émotions les plus malsaines, les peurs collectives les plus crasses et les rumeurs les plus aberrantes.

Les FakeNews, les fermes à clics, les usines à trolls et les deep fake créent la post-vérité industrielle à laquelle tous les Français sont confrontés, sans s’en rendre compte parfois, constituant une véritable entrave à l’efficacité de la gestion de crise sanitaire par les autorités publiques au point de contraindre le Ministère de la Santé à démentir la minable infox selon laquelle la cocaïne protègerait contre le coronavirus.

Alors que le nombre de contaminations par le coronavirus ne cesse de croître, Emmanuel Macron a annoncé le confinement général de la population dans une intervention relativement floue à certains égards. L’absence de l’utilisation du mot “confinement” a d’ailleurs été remarquée par de nombreux observateurs qui y ont vu là, la volonté de ne pas faire peur aux Français. L’opposition y voyant là, une nouvelle illustration du “en-même temps”, cette marque de fabrique de la stratégie politique d’Emmanuel Macron.

Le Président de la République a, en fait, semblé, laisser au Ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, le soin de détailler, quelques heures plus tard, les mesures restrictives des libertés publiques afin d’assurer l’ordre public sanitaire.

Une bonne communication de crise sanitaire se suffit à elle-même. Elle n’a, par principe, pas besoin d’être explicitée pour être efficace.

Une allocution présidentielle guerrière pour associer les Français à ce combat contre un ennemi invisible

La formule belliciste “nous sommes en guerre” répétée comme un mantra (après tout, on dit souvent que le secret de la communication, c’est la répétition) et le vocabulaire guerrier d’Emmanuel Macron étaient destinés à marquer les esprits des Français alors que sa précédente intervention n’avait manifestement pas suffit à faire changer les comportements. La distanciation sociale n’ayant pas été intégrée par l’opinion dans son mode de vie quotidien.

L’objectif d’un communicant de crise face à une crise sanitaire, dans une intervention de cet ordre, c’est d’abord de faire comprendre que ses messages correspondent bien à la réalité de la situation combattue. Qu’il fait assez. Qu’il n’en fait pas trop. Qu’il ne profite pas de la situation pour servir d’autres intérêts que ceux de la Nation.

L’allocution du Président de la République visait à faire passer l’opinion publique de la phase de confusion dans laquelle elle avait été plongée par le maintien du premier tour de l’élection municipale, à la phase de sens, en lui faisant prendre conscience de la gravité de la situation.

Le principe de précaution comme guide d’action dans la gestion de crise sanitaire

Ce que tous nos responsables politiques craignent dans une gestion de crise sanitaire, comme celle là, c’est évidemment l’accusation de vacance du pouvoir, de négligence et de manque de mobilisation face aux risques connus et identifiés. Notre pays est collectivement marqué par des fiascos retentissants à l’image des affaires du sang contaminé, de la canicule ou encore de la vache folle… La priorité de la communication de crise du gouvernement c’est souvent de ne pas être soupçonné de minimiser ou de sous-évaluer les risques d’une crise.

Les fiascos de communication de crise sanitaire, à l’image de l’incendie de Lubrizol, laissent des traces dans l’opinion publique en alimentant durablement la défiance à l’égard de la parole publique. Ainsi, des dizaines d’années après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, l’idée que l’Etat a nié le survol de la France par le nuage radioactif est encore solidement ancrée dans notre imaginaire collectif.

L’Etat et ses responsables politiques sont structurellement vulnérables aux accusations de mensonges et de dissimulations. Le responsable politique est souvent peu crédible quand il communique sur un sujet sanitaire. Il est vrai qu’à son image écorné, s’ajoute ici la question de la légitimité sur un sujet sanitaire. Mais il faut humblement reconnaitre que le discours rationnel des scientifiques ne pèse lui-même souvent pas grand chose face à l’émotion du citoyen. C’est ici tout le dilemme de la communication de crise.

Alors, c’est vrai, à chaque fois, on croit avoir tiré toutes les leçons de la gestion de crise sanitaire. La vérité, c’est que la communication de crise s’améliore à chaque fois, en s’enrichissant des erreurs du passé.

Coronavirus COVID-19 : une communication de crise à manier avec précautions

Emmanuel Macron a d’abord voulu informer sans alarmer, prévenir sans paniquer. Face au risque avéré scientifiquement posé par la pandémie liée au coronavirus, les pouvoirs publics français et les autorités sanitaires marchent sur une corde très fine.

Face à cette question de santé publique, la question de la frontière entre la psychose collective et le degré légitime de mobilisation des autorités et de précaution des citoyens est délicate.

Si personne n’est légitime à décider de cacher la vérité scientifique d’une crise sanitaire aux Français, leur tenir le langage de la vérité est le seul choix responsable. Mais, comment, vous diront les responsables politiques, dés lors, prévenir les comportements irrationnels des Français qui, risquant de créer artificiellement des pénuries, se ruent acheter du gel hydroalcoolique, des masques de protection sanitaire, du Doliprane, des pâtes, et les autres denrées alimentaires non périssables de base … ?

Sans réussir à être très clair, mais en tenant à regarder les Français les yeux dans les yeux, Emmanuel Macron a su, hier, trouver le ton suffisamment solennel, “martial” dirons certains, “gaullien” dirons d’autres, pour que les Français s’approprient la part réelle du danger de cette crise sanitaire.

Préserver les esprits des Français de tout phénomène émotionnel de masse, tout en se préservant des conséquences politiques et judiciaires de la négligence dans l’action publique contre cette pandémie, voilà tout l’enjeu pour les communicants de l’Elysée dans la préparation de cette allocution présidentielle historique.

Florian Silnicki

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